Toxicologie des animaux de compagnie
La belladone
Présentation

La belladone (Atropa belladona) est une plante herbacée vivace de la famille des Solanacées. C'est une grande plante ramifiée pouvant atteindre 1,5 m, aux feuilles ovales pointues, pétiolées, aux fleurs en cloche, solitaires, pendantes, brunes à l'aisselle des feuilles. Les fruits sont des baies noires luisantes de la taille d'une cerise. Poison mortel pour l’homme, la belladone fut utilisée dans un premier temps par les Italiennes qui voulaient être belles et appliquaient sur leurs yeux une pommade à base de belladone, ce qui avait pour effet de dilater leurs pupilles et de leur donner de profonds yeux noirs, des yeux de biches. D'où l'expression belladonne ou « belle femme » en italien.

Image de la plante

Espèces concernées
Le chien et le chat sont concernés par l’intoxication par la belladone, de même que les ruminants, les équins, les porcins et, bien évidemment, l’homme. Les lapins, lièvres et rongeurs y sont bien moins sensibles car ils possèdent une atropinase hépatique.
Circonstances de l'intoxication
L’intoxication est très rare, du fait que la plante n’est pas répandue. Cependant quelques cas font suite à l’ingestion directe de baies ou à la consommation de fourrages contaminés. Enfin, des cas d’intoxication criminelle sont également rapportés.
Toxicité
La plante renferme de nombreux alcaloïdes dont trois principaux sont incriminés dans la toxicité de la plante : atropine, hyoscyamine et scopolamine. Aucune DL50 n’a été fixée à ce jour chez nos carnivores, cependant une ingestion d’une dizaine de baie est mortelle chez l’homme.
Mécanisme de toxicité
L’atropine et la hyoscyamine sont des parasympatholytiques par antagonisme compétitif avec l’acétylcholine, ils se fixent donc sur les récepteurs muscariniques. Ces deux molécules ont de plus des effets centraux. Quant à la scopolamine, elle possède des propriétés parasympatholytiques moins marquées. Elle a une action dépressive, hypnotique et amnésiante qui devient incapacitante à forte dose avec des troubles de la locomotion, de l’élocution et une diminution des facultés intellectuelles.
Symptomatologie
En cas d’ingestion massive, la mort peut survenir en 5 à 6 heures.
Signes cardiovasculaires et respiratoires :
  • tachycardie sinusale
  • tachypnée
Signes digestifs :
  • anorexie
  • constipation
  • douleurs abdominales
Signes ophtalmologiques :
  • mydriase
Signes neurologiques et musculaires :
  • alternance de phases de prostration et d’excitation
  • dépression
  • ataxie
  • trémulations musculaires
  • convulsions
  • coma
Signes rénaux :
  • rétention urinaire
Autres signes :
  • confusion
  • muqueuses sèches
  • hyperthermie
Lésions
Les lésions sont peu spécifiques. On rapporte une congestion de l’encéphale, du foie et des poumons associée à une congestion vasculaire visible au niveau histologique ; le sang est sombre et ne coagule pas même après deux jours ; les cellules hépatiques et rénales présentent des signes de dégénérescence vacuolaire.
Diagnostic
Il fait suite à l’observation de l’ingestion directement par le propriétaire ou bien par observation d’extraits de la plante ou de baies après vomissements.
Pronostic
Il dépend de la quantité ingérée et de la rapidité de prise en charge par un vétérinaire. Il est en général sombre.
Traitement
Des antagonistes existent (ésérine, pilocarpine, morphine, muscarine) mais doivent être employés avec de grandes précautions et des doses faibles. La physostigmine est parfois préconisée à la dose de 0,01 à 0,03 mg/kg en IV lente renouvelable 15 minutes après. Un traitement symptomatique et éliminatoire reste préférable.
Traitement éliminatoire :
  • faire vomir l’animal (s’il ne vomit pas de lui-même) en cas d’ingestion récente
  • pratiquer un lavage gastrique
  • administrer du charbon végétal activé
  • placer l’animal sous fluidothérapie
Traitement symptomatique :
  • utiliser des pansements gastro-intestinaux
  • on peut lutter contre la sécheresse des muqueuses avec des compresses humides (peu d’efficacité)
  • pratiquer des douches froides ou utiliser des pains de glace en cas d’hyperthermie
  • diazépam en cas de trémulation musculaire ou de convulsion
Bibliographie
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