Toxicologie des animaux de compagnie
Les pyréthrinoïdes
Présentation
Les pyréthrines sont des molécules modérément toxiques utilisées comme antiparasitaires externes sous forme de colliers, de shampooings, poudres, lotions, sprays ou spot on. On en retrouve également dans des pesticides insecticides pour les cultures et les jardins, ou dans des insecticides ménagers contre les moustiques.
On peut citer parmi les pyréthrines : la bioalléthrine, la perméthrine, la cyhalothrine, la bifenthrine, la cyfluthrine, la cyperméthrine, la téfluthrine, la deltaméthrine, la tétraméthrine (ou néopyramine) ou le fenvalérate.
Le pipéronyl butoxyde (PBO) est une molécule qui potentialise l’effet et augmente la toxicité du produit chez les insectes.
Espèces concernées
Il s’agit principalement du chat qui est plus sensible que le chien, mais l’intoxication est possible chez les chiens de petite race ou les chiots de race moyenne ou de petite race.
Les oiseaux et les abeilles sont peu sensibles, alors que les reptiles et les poissons le sont plus.
Circonstances de l'intoxication
Il peut s’agir d’un traitement trop long (vaporisation importante, bain prolongé) ou trop concentré (bain) ou encore d’un bain trop chaud, ce qui favorise le passage transcutané.
Les pyréthrines ayant un effet cumulatif, un traitement répété est susceptible d’être à l’origine d’un surdosage.
Les animaux peuvent également s’intoxiquer par ingestion de collier insecticide ou par léchage, individuel ou des congénères, après un traitement cutané. Il arrive également que les pipettes destinées à l’usage cutané soient administrées per os par les propriétaires.
Enfin il peut s’agir d’un traitement en dehors des espèces prévues ; c’est fréquemment le cas chez le chat qui reçoit en spot on ou en spray un produit destiné exclusivement au chien.
Toxicité
Elle est modérée en général. Elle est due à l’action des pyréthrines sur les canaux à sodium, il y a alors persistances des trains d’influx nerveux. L’action est proche de celle des organochlorés, les signes nerveux sont donc marqués.
La DL50 orale chez le chien est de 300 mg/kg pour la deltaméthrine. Chez le rat, les DL50 sont de 150 mg/kg et 8000 mg/kg pour la deltaméthrine et la perméthrine respectivement.
Symptomatologie
Le délai d’apparition des premiers signes est variable selon la voie d’administration :
  • immédiatement en cas d’inhalation
  • 1 à 3 heures après ingestion
  • quelques heures à quelques jours en cas de passage transcutané
Signes neurologiques :
  • troubles du comportement : peur, agitation, hyperesthésie, agressivité
  • trémulations musculaires de la face, des membres et de la peau
  • myoclonies ou fasciculations musculaires
  • convulsions
  • ataxie, coma
Signes digestifs (pour la deltaméthrine et la tétraméthrine) :
  • hypersalivation
  • vomissements
  • diarrhée
Signes cardiovasculaires peu fréquents
  • tachycardie
  • arythmie
Signes respiratoires :
  • peu fréquents, ils sont souvent dus aux excipients dans les sprays. L’évolution se fait sur quelques minutes à quelques heures, voire plusieurs jours lors de l’utilisation de spot on à la perméthrine chez le chat.
Lésions
Elles sont non spécifiques.
Diagnostic
Il est essentiellement étiologique.
La recherche de pyréthrines peut se faire sur un échantillon de contenu digestif, de foie ou de plasma.
Pronostic
Il est souvent favorable en 24 à 72 heures sauf pour les chats qui présentent des convulsions ou qui sont inconscients.
Traitement
Traitement éliminatoire :
  • faire vomir dans les 2 heures post-ingestion, et administrer du charbon végétal activé
  • en cas de contamination cutanée, laver énergiquement avec du savon de Marseille ou du liquide vaisselle, à l’eau tiède. Ne pas hésiter à tranquilliser l’animal (Valium®, Domitor®), en particulier le chat s’il présente des signes neurologiques. Bien sécher l’animal car le froid renforce la toxicité des pyréthrines.
  • fluidothérapie et diurétique (furosémide)
Traitement symptomatique :
  • pansements gastriques en cas de diarrhée
  • réchauffer l’animal en cas d’hypothermie, le placer au calme du fait de l’hyperesthésie
  • calmer les convulsions avec du diazépam (Valium®). Notons que le diazépam est inefficace face à des trémulations musculaires.
  • atropine ou glycopyrrolate (Robinul V®) en cas d’hypersalivation importante (deltaméthrine, tétraméthrine) aux doses pré-anesthésiques. Attention dans ce cas au ralentissement du transit digestif.
Analyses
La recherche de pyréthrine en laboratoire peut se faire sur des échantillons de contenu gastrique, de foie ou de plasma.
Bibliographie
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